Ouvrez n’importe quel fil d’actualité aujourd’hui, et vous croiserez la même scène, rejouée à l’infini : quelqu’un qui souffre, quelqu’un qu’on accuse, quelqu’un qui vole à la rescousse. Le format change : un tweet, un plateau télé, une réunion d’équipe ; mais la structure, elle, ne bouge pas. C’est ce que le psychiatre Stephen Karpman a nommé, dès les années 1960, le triangle dramatique : trois rôles, Victime, Bourreau, Sauveur, qui s’échangent sans jamais se résoudre.
Ce mécanisme n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est son échelle. Ce qui, hier, se jouait entre deux personnes ou au sein d’une famille, se joue aujourd’hui à l’échelle de sociétés entières — porté par des financements, des institutions, des logiques d’audience qui récompensent l’indignation plus que la nuance. Désigner un coupable est devenu plus rentable, socialement et parfois financièrement, que de se regarder soi-même.
L’infographie ci-dessous propose une lecture de ce mécanisme à deux niveaux : d’abord individuel — pourquoi préférons-nous expier sur un tiers plutôt que d’examiner notre propre part ? Puis collectif, avec l’émergence d’un véritable commerce de la victimisation, où la sortie du triangle n’arrange presque jamais ceux qui en vivent.
Elle distingue volontairement trois registres, affichés comme tels : ce qui est documenté (les faits mesurés), ce qui relève de l’observation de terrain, et ce qui reste une hypothèse de travail — une piste de réflexion à discuter. Parce que sortir du triangle, individuellement comme collectivement, commence toujours par la même question : quel est le point commun entre toutes ces situations ?
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Sébastien Tertrais: AuteurVoir toutes les publications Fondateur et rédacteur en chef à OHERIC-Média
